Vieux poteaux de bois et traverses de chemin de fer: attention, danger!



Vieux poteaux de bois et traverses de chemin de fer: attention, danger!
PARIS - Que faire des vieilles traverses de chemin de fer? Nombre d'entre elles ont fini en meubles, barrières de jardin, plancher ou dans un feu de cheminée... mais cette réutilisation domestique n'est pas sans danger, car leur bois, traité, est fortement toxique.

Pour mieux maîtriser le recyclage des traverses, mais aussi des poteaux de bois des réseaux téléphonique et électrique, les entreprises concernées (Réseau ferré de France, France Télécom, ERDF...) ont signé jeudi une "charte d'engagement volontaire" avec la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno.

66.00 tonnes de traverses et 18.000 tonnes de poteaux sont mises au rebut tous les ans.

"Cela fait maintenant quatre ans que nous avons alerté le ministère sur les dangers que courent les particuliers quand ils se font refiler des traverses sans information préalable", raconte Jacky Bonnemains, le président de l'association écologiste Robin des Bois, qui a lancé le débat.

"Or, ce sont réglementairement des produits dangereux", dit-il, notant que leur réemploi est interdit dans les jardins publics... alors qu'il est autorisé dans les jardins privés.

Les traverses, comme les poteaux téléphoniques ou électriques, ont été traitées à la créosote (du goudron de houille) ou aux sels de cuivre-chrome-arsenic (CCC), des fongicides toxiques classés parmi les produits cancérigènes. Or, même après une quarantaine d'années, il en reste assez dans le bois pour qu'on s'en inquiète.

"Des cheminots, des directions régionales de la SNCF, des sous-traitants vendaient de vieilles traverses, un peu à la sauvette, à des particuliers, à des jardineries, à des paysagistes", affirme M. Bonnemains.

Dans un communiqué publié vendredi, l'association accuse même les cadres de l'entreprise ferroviaire d'avoir "bidouillé" les documents de vente des traverses, "le caractère cancérogène de la créosote disparaissant sur des photocopies tronquées".

La SNCF n'a pas souhaité répondre à ces allégations.

C'est de toute façon Réseau ferré de France (RFF), le gestionnaire des voies ferrées françaises, qui a récupéré le dossier.

"RFF a décidé d'interdire la vente des traverses aux particuliers en 2008, puis aux grossistes en 2009", souligne Sébastien Gourgouillat, qui s'occupe des questions de développement durable dans l'entreprise.

"Elles ne sont pas devenues dangereuses du jour au lendemain", tempère-t-il: on peut tout à fait en avoir dans son jardin, "à condition de ne pas planter de carottes à côté" au nom de principe de précaution. "Surtout, il ne faut pas les brûler en milieu ouvert", dit-il. Quant à leur réutilisation à l'intérieur des habitations, elle est interdite depuis 2003.

RFF va donc "trouver des filières industrielles de valorisation" de ces déchets. Ce qui a évidemment un coût: à raison de 800.000 traverses arrachées par an, à 6 euros pièce, le recyclage lui reviendra à environ 4,8 millions annuels.

"Il reste un peu moins de 50 millions de traverses sous les rails, c'est un sujet d'avenir!", plaisante M. Gourgouillat.

Pour les 300.000 poteaux changés par France Télécom, qui alimentent désormais les fours d'une cimenterie de l'Isère, il y en a pour 1 à 2 millions d'euros par an, affirme de son côté Marc Fossier, qui suit le dossier chez l'opérateur.

Malgré les mesures de recyclage prises depuis le début de la décennie, il n'exclut pas que quelques poteaux disparaissent ici ou là. La charte signée jeudi va surtout "permettre de mettre l'accent sur la dangerosité de ces matériaux", insiste-t-il.

Car un feu de joie de poteaux télégraphiques peut avoir un très désagréable arrière-goût d'arsenic.

(©AFP / 17 juillet 2010 07h40)

G Matta
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